L'essentiel
- Satisfaction et confiance ne sont pas deux chantiers distincts. Les usagers des services publics ont environ neuf fois plus de chances de faire confiance à une administration, et neuf fois plus de chances de croire qu'elle remplit sa mission, lorsqu'ils sont satisfaits du service reçu.
- L'écart de performance est large et mesurable. Deux tiers des organismes fédéraux américains, soit 10 des 15 suivis par Forrester, se classent dans les deux derniers paliers de son indice d'expérience, et la moyenne fédérale accuse un retard de 10,7 points sur le secteur privé, plus bas que tout autre secteur.
- Le travail relève de la même discipline que la CX du secteur privé, en y ajoutant comme finalités explicites l'accès, l'équité et la confiance : mesurer les moments qui comptent, en cerner les leviers et corriger les quelques points de contact qui font bouger le recours aux services et la confiance.
Les citoyens se forgent rarement une opinion de l’État à partir d’un programme politique. Ils la forgent dans la file d’attente à la préfecture, devant la demande de prestation qui arrive à échéance, à la lecture du courrier qui réclame un document déjà transmis. Quand l’usager ne peut pas s’adresser ailleurs et que le service constitue l’unique porte d’accès à un droit ou à un versement, chaque point de friction pèse politiquement autant qu’il coûte sur le plan opérationnel.
Voilà la vérité gênante que la plupart des programmes d’expérience du secteur public laissent de côté. La confiance découle du service, et le service se mesure.
Satisfaction et confiance avancent de concert
Le lien n’a rien de flou. L’étude de référence de McKinsey, menée auprès de près de 80 000 Américains sur 21 services publics courants des États, montre que les usagers satisfaits ont environ neuf fois plus de chances de faire confiance à l’administration qui les sert, et neuf fois plus de chances de juger qu’elle remplit sa mission. Ils ont aussi cinq fois plus de chances d’estimer que ce service constitue un bon usage de l’argent du contribuable.
Le résultat d’une enquête de satisfaction n’est donc pas un indicateur de prestige. C’est un signal avant-coureur de la conviction des citoyens que leur État fonctionne.
La même étude met au jour l’ampleur de l’écart entre les États sur ce point. Seuls 37 pour cent des résidents font confiance au service public le moins performant, contre 72 pour cent pour le plus performant. Les États qui mènent sur l’expérience ne gagnent pas un surcroît marginal de confiance. Ils en recueillent près du double.
La confiance découle du service, et le service se mesure.
L’État part de loin, et c’est précisément l’opportunité
Le secteur public n’est pas jugé avec indulgence. Soumis au même indice que les banques et les enseignes de distribution, il décroche.
La répartition est plus parlante encore que la moyenne. Dix des 15 organismes fédéraux suivis par Forrester, soit deux tiers d’entre eux, se situent dans les deux dernières catégories de son indice d’expérience. Quand l’essentiel de votre portefeuille stagne au plus bas, le coût de l’inaction ne se résume pas à une note qui n’évolue pas. C’est l’érosion de la confiance dans l’institution elle-même.
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La plupart des organismes fédéraux touchent le plancher de l'indice d'expérience
Organismes fédéraux américains par palier dans l'US Federal Customer Experience Index de Forrester. Source : Forrester.
Un écart de cette ampleur n’a rien de décourageant. Il signifie que les leviers qui font progresser l’expérience dans le secteur privé restent largement inexploités dans le service public, et que les premiers à se mettre en mouvement capteront une confiance hors de portée de leurs homologues.
Comment piloter l’expérience citoyenne comme une discipline
Une expérience citoyenne réussie mobilise les mêmes ressorts que la CX commerciale, en y ajoutant trois finalités propres au secteur public : l’accès pour tous, l’équité entre les publics et la confiance comme objectif suivi. L’enchaînement n’a rien d’accidentel.
- Mesurer les moments qui comptent, pas l’organigramme. Mesurez la satisfaction et l’effort là où les citoyens en font réellement l’expérience : la demande, le centre de contact, la visite au guichet, la mise à jour de statut qui n’arrive jamais.
- Cartographier le parcours pour repérer les ruptures. La plupart des échecs se logent dans les transitions, là où un portail s’arrête et où une file d’attente téléphonique commence. La cartographie du parcours révèle où et pourquoi les usagers décrochent.
- Mener une analyse des leviers, et non un débat d’opinions. Distinguez statistiquement ce qui fait réellement bouger la satisfaction et le recours aux services de ce qui n’est que corrélé, afin que des budgets contraints financent les quelques leviers qui comptent vraiment.
- Écouter tout le monde, pas seulement les plus bruyants. Le taux de réponse aux enquêtes est, par nature, inégal selon les publics. Les modèles prédictifs de satisfaction et les dispositifs d’écoute structurés élargissent la portée pour que les usagers silencieux et mal desservis soient représentés, là où équité et justesse se rejoignent.
- Relier l’expérience aux résultats. Mettez le résultat en regard des taux d’aboutissement, des délais de résolution, des volumes d’erreurs et de recours, et de la confiance. C’est ce qui transforme un rapport de satisfaction en argument de financement.
Mené ainsi, un programme d’expérience cesse de produire un chiffre qui fluctue au gré du temps pour livrer une liste hiérarchisée de correctifs, chacun assorti de son impact sur le recours, le coût et la confiance. Il y a aussi un bénéfice interne : McKinsey a constaté que les administrations ayant relevé la satisfaction de leurs usagers ont vu celle de leurs agents progresser d’environ 40 pour cent en deux ans. Un meilleur service profite à ceux qui le rendent.
Le mandat est de le piloter, pas seulement de le mesurer
Les citoyens forment pour l’État un public d’une fidélité et d’une exigence sans équivalent. Faute de pouvoir aller voir ailleurs, ils n’oublient pas. Les administrations qui traitent l’expérience comme un résultat à piloter, et non comme une enquête à classer, sont celles qui convertissent le service en confiance, pendant que les autres font du surplace.
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Sources
- McKinsey & Company, « DMV to Medicaid: Improving customer experience in state services », mckinsey.com.
- McKinsey & Company, « The global case for customer experience in government », mckinsey.com.
- Forrester, « New Forrester Data Shows Wide Disparities In US Federal Customer Experience (CX) Quality Despite Overall Gains », forrester.com.